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Le blog de Paroisse protestante de Hoenheim

Quelques échos du culte de départ de la pasteure Anne Epting

7 Juillet 2020, 16:30pm

Publié par Paroisse protestante de Hoenheim

Photo : Ketut Subiyanto

Photo : Ketut Subiyanto

 

Portez les fardeaux les uns des autres,
ainsi vous accomplirez la loi du Christ.

Galates 6, 2

Confession de foi :

Je choisis Dieu !

Il invente la vie.

Il nous remplit de tendresse.

Il s’intéresse à la terre.

Il se lie d’amour avec les vivants.

Ce Dieu-là me passionne.

        

Je choisis le Christ !

Il avance au milieu de nous avec un cœur et un corps de chez nous.

Il a des paroles bouleversantes qui inventent une autre vie.

Il annonce un Evangile de bonheur.

Il se donne par amour.

Ce Christ-là me passionne.

        

Je choisis le Saint-Esprit !

Il est le souffle de Dieu sur la terre des hommes.

A l’intérieur de nous-mêmes il travaille, invisible, mais fort.

Il invente en nous le courage de marcher sur les chemins difficiles.

Il nous fait grandir à l’image du Christ.

Cet Esprit-là me passionne !

        

Je choisis l’Eglise !

Elle est le rassemblement de tous ceux qui inventent une terre d’amour en prenant les plans de l’Evangile.

Cette Eglise-là me passionne !

 

 

                                            Ch. Singer, Terres, p. 148

 

 

Juste avant la prédication ...    photo : clom

Juste avant la prédication ... photo : clom

La prédication

« Portez les fardeaux les uns des autres, ainsi vous accomplirez la loi du Christ » (Galates 6,2)

 

 

Chers sœurs et frères, chers amis,

 

Et bien, nous y voilà, à mon culte de départ, le dernier célébré avec vous, venus nombreux. J’en suis touchée et émue, et je suppose, vous aussi !

Ces dernières semaines, en vous rencontrant à l’église ou dans les rues à Bischheim, certains m’ont exprimé très spontanément leur émotion : « Je suis triste d’apprendre ton départ ». Et vous savez quoi ? Je me suis surprise moi-même à m’entendre répondre : « C’est la vie ! »

Alors j’ai pensé que ma réponse était un peu stupide.

Pourquoi ? J’avais le sentiment de laisser mon interlocuteur seul avec sa tristesse, n’ayant pu le rejoindre.

Souvent, nous ne sommes pas assez présents à celui qui est face à nous, le laissant devant nous ou derrière nous, si peu avec nous, et nous avec lui.

M’est venu en tête un récit raconté par un de mes écrivains de prédilection, Christian Bobin. Un jour dans un hôpital psychiatrique, un homme arrive vers lui, le visage éblouissant, les yeux pétillants de joie, et lui dit : « Je vous reconnais, vous êtes Dieu ! »

« C’était vraiment me faire beaucoup d’honneur » commente Christian Bobin, rajoutant : « La vie, c’est des cartes qui tombent comme ça en moins d’une seconde, et il faut tout de suite relancer le jeu ».

Il répond, d’une réponse un peu faible « non ». Alors le visage de l’homme perd son éclat. Enténébré, il s’en va.

Aujourd’hui, dit l’écrivain, je lui répondrai : « oui, mais vous aussi ! »

 

On n’est jamais assez présent les uns aux autres. Nous nous protégeons derrière une carapace, nous sommes sur la défensive, nous ne sommes pas à l’aise quand nous avons le sentiment que les choses ne sont pas sous contrôle, maîtrisées.

 

Une des remarques m’ayant le plus frappé pendant le confinement et face à l’épidémie du virus, fut celle liée à la découverte ou redécouverte de notre vulnérabilité humaine. Nous pensions en avoir terminé avec notre fragilité. Les bonds techniques et scientifiques de 30 dernières années nous ont assuré un confort et une sécurité sans précédent. Ce qu’on appelle la 3ème révolution industrielle, celle du développement vertigineux du numérique, incluant les progrès des sciences, de la technologie, de la médecine, ne devait-elle pas nous mettre à l’abri du malheur, y compris des contaminations, et nous guérir des maladies ? Nous voyons même déjà apparaître à l’horizon la promesse folle de l’immortalité du corps. Certains scientifiques adeptes de la théorie du transhumanisme comprenant les manipulations génétiques, l’intelligence artificielle, planchent sur la recherche de l’arrêt du processus de vieillissement ou mieux encore : comment l’inverser et retrouver la jeunesse de nos 20 ans.

 

Dans la foi chrétienne, la vulnérabilité, la fragilité ne sont pas des tares.

Elles font partie de notre condition humaine de créatures limitées par le mal et la mort avec son lot de souffrances, de maladies, de blessures, d’échecs. A ce titre, elles sont acceptables. Nous avons notre vie entière pour les accueillir et les intégrer.

Faisant le bilan de mes 12 années de présence à Bischheim au dernier conseil presbytéral, j’exposai ce qui est essentiel dans mon ministère et dans ma vie, résumé dans ce concentré de la foi chrétienne : la mort et la résurrection du Christ.

« La mort me parle de la rudesse de l’existence, de ses combats, de l’épreuve, du désespoir, du deuil et du manque : une réalité à laquelle on ne peut se soustraire. J’ai appris, même si c’est difficile, à la regarder les yeux dans les yeux. C’est le prix à payer pour la traverser (la mort) et être conduit à l’état de résurrection, celui d’être relevé, verticalisé par la puissance de vie opérée par le Christ ».

 

Un jour, pendant un culte, à hauteur de cette chaire, j’ai vu ce que je n’avais remarqué auparavant, se révélant à moi. Les deux représentations : la crucifixion de Jésus du vitrail et la résurrection du tableau. Deux scènes alignées. Il n’y a pas de hasard dans ce face à face, cet alignement : la mort et la résurrection dialoguent, se répondent. Elles sont liées par un destin commun, une intention et une volonté divine.

Ainsi, quand nos carapaces cèdent, quand nos laissons entrer un peu de lumière dans nos lézardes, dans nos fissures, nous devenons plus humains, plus sensibles, plus proches des uns des autres.

Vous connaissez peut-être ce conte du porteur d’eau, qui transporte sur ses épaules deux cruches d’eau, suspendues aux extrémités d’une pièce de bois. L’une d’elle a une fissure. Elle perd une quantité importante de son eau, avant même l’arrivée au village du porteur. Un jour, stupéfaite, elle remarque les fleurs qui ont poussé seulement de son côté le long du chemin.

 

Rappelez-vous pendant le confinement, une période de plusieurs semaines vécus si difficilement pour certains, moins pour d’autres, où nous avons exercé la solidarité, nous avons pris des nouvelles des plus fragiles, des personnes seules, de celles éprouvées par l’isolement, la maladie, le deuil, soutenus ceux qui sont dans la précarité matérielle, qui se sont trouver encore un peu plus précipités dans une situation très difficile.

 

Avec le mot d’ordre de ce dimanche « Portez les fardeaux les uns des autres, ainsi vous accomplirez la loi du Christ », je ne pouvais espérer une parole plus belle pour mon culte de départ.

Se soutenir mutuellement, porter ensemble les fardeaux, nos épreuves, ce qui nous pèse, nous écrase quelquefois, ce qui rend nos pas titubants pour avancer dans notre journée, sans énergie car accablés de soucis, en proie à l’angoisse et la peur.  

Porter un fardeau à plusieurs, communautairement, en Eglise, dans le consistoire, dans la paroisse, c’est autre chose que de se charger seul d’un poids. Seul, on ne va pas très loin, et au bout du compte, on est écrasé sous le poids.

Ensemble, c’est mieux, plus efficace, plus agréable, à condition de se mettre d’accord et de se faire confiance.

Cela ne fonctionne pas toujours : quelqu’un peut être trop faible, découragé d’avance, un autre tirer tout de son côté, un autre sur lequel on espérait compter être absent, un autre se prendre pour un petit chef…

 

Le mot d’ordre affirme que porter les fardeaux les uns des autres, c’est accomplir la loi du Christ.

Je suis en paix, et j’espère vous aussi, car je sais que ne n’ai pas besoin de tout contrôler et maîtriser. Dans ma fragilité humaine, je me remets et me confie au Seigneur de ma vie, et me place sous sa loi, guidée par l’Esprit du Christ vivant en moi.

 

Inspirés et à l’écoute de la Parole de Dieu, avec la force de la prière, restez toujours confiants et remplis d’espérance et de paix, vous laissant conduire par l’Esprit-Saint, sans crainte.

Anne Epting

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